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Il faut réhabiliter le registre émotionnel dans l'entreprise
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Lundi 20 Octobre

La société en général et l'entreprise en particulier ne sont pas friands des démonstrations d'émotions. Faut-il pour autant chercher à les restreindre ? Ou peuvent-elles, au contraire, nous aider à mieux appréhender notre quotidien professionnel ?

On ne peut pas échapper aux émotions

"L'émotion existe, expose Etienne Roy, dirigeant de Koalto et co-auteur de Du bon usage des émotions au travail. En fonction de l'épaisseur de la cuirasse qu'on s'est créé, on va plus ou moins la ressentir mais il est illusoire de vouloir faire sans. D'ailleurs, des chercheurs ont montré que si l'on supprime les parties du cerveau liées aux émotions, l'homme devient un légume incapable de prendre la moindre décision."

Remettre les émotions sur le devant de la scène

Seulement, en entreprise, on privilégie la méthode, la rigueur et l'efficacité. Et s'il est de bon ton d'exprimer de la joie (pas trop bruyamment tout de même), la colère, la tristesse, la peur sont vues comme des faiblesses. "Il faut réhabiliter le registre émotionnel dans l'entreprise, estime Etienne Roy. A force de vouloir tout gérer, on finit par s'ennuyer profondément. On se coupe de ses émotions. Or, l'émotion c'est l'énergie."

Lorsque la cuirasse devient trop épaisse, on finit pas ne plus rien ressentir. "Certaines personnes ne se rendent pas compte, par exemple, qu'elles sont mécontentes, poursuit Etienne Roy. Elles encaissent jusqu'au jour où elles explosent."

Gagner en efficacité

Pour Elisabeth Couzon, psychothérapeute et co-auteur de Les Emotions, développer son intelligence émotionnelle, une meilleure prise en compte des émotions au travail permettrait également de gagner en efficacité. "On estime à 30 % l'improductivité liée à une mauvaise gestion des émotions. Il s'agit de temps perdu dans les gestion de conflits, des rumeurs, du changement ou alors à cause de l'absentéisme ou d'accidents liés au stress." Etienne Roy acquiesce sur l'apport en efficacité que peuvent permettre les émotions. "Se libérer de ses émotions en les exprimant permet ensuite de réengager son énergie."

Avant de chercher à les contrôler, les canaliser, les exprimer, encore faut-il les identifier. Et à en croire Elisabeth Couzon, "en France, on est des vrais handicapés de l'émotion."

Les émotions et leur déclencheur

La peur : "c'est l'émotion la plus répandue au travail mais dont personne ne parle", explique Elisabeth Couzon. Peur de l'échec, de ne pas être à la hauteur, de se faire licencier, d'être jugé... Nombreuses sont les raisons de ressentir de la peur. Cette réaction survient face à un danger, une menace.

La colère : elle survient lorsqu'on rencontre un obstacle ou face à une injustice. Les changements sont également fortement générateurs de colère. "Ce sont parfois de toutes petites choses, prévient Elisabeth Couzon. C'est par exemple le cas d'un cadre qui s'était vu transférer de bureau alors que cela l'éloignait des personnes avec lesquelles il devait travailler quotidiennement, sans qu'on lui explique pourquoi."

La tristesse : "elle permet de faire le deuil suite à une perte, de passer à la phase d'acceptation", énonce Elisabeth Couzon. Par exemple suite au départ de plusieurs collègues ou à une restructuration.

La joie : elle est la réaction qui survient face à une réussite, un accomplissement. "Elle n'est pas cultivée dans l'entreprise et lorsqu'on est dans les autres émotions, on a peu de chances de ressentir de la joie et du désir", analyse Elisabeth Couzon.

Être à l'écoute de son corps...

L'émotion se caractérise d'abord par une réaction physiologique : la respiration et le rythme cardiaque qui s'accélèrent, des tensions musculaires, la transpiration, des rougeurs, les mains moites, la gorge nouée, des tremblements... Tous ces éléments sont des signaux "d'alarme" de votre corps qui indiquent une forte émotion. Si l'on peut tenter de réduire ces symptômes physiques - on essaiera par exemple de réguler son souffle avant de prendre la parole devant une assemblée -, il ne faut pas les négliger pour autant car ils permettent de prendre conscience de l'émotion et donc de pouvoir maîtriser le comportement qu'elle engendre.

Cerner le déclencheur de l'émotion

"Suis-je en face d'un danger, d'une surprise, d'une injustice... ? Identifier le déclencheur permet de s'assurer que son émotion correspond à la situation", explique Elisabeth Couzon. En effet, il arrive que l'on réagisse d'une façon qui n'est pas appropriée car une des émotions de la palette est réprimée. Ainsi selon l'éducation reçue, on peut avoir tendance à ressentir de la tristesse là où on aurait dû se mettre en colère. La colère masque parfois de la peur également. Etienne Roy donne cet exemple de la vie quotidienne. "Un enfant traverse la rue en courant et sans faire attention. Ses parents le rattrapent et le sermonnent vertement. C'est bien de la peur qu'ils ont ressentie mais ils expriment de la colère. L'enfant ne comprend pas." En entreprise, les mêmes mécanismes sont à l'œuvre. Votre collaborateur vient vous voir pour vous prévenir qu'il va avoir du mal à respecter les délais fixés. Cela vous inquiète car vous pensez que la réussite de ce projet va peser lourd sur votre avenir dans l'entreprise. Vous vous en prenez violemment à ce collaborateur.

Avoir une bonne connaissance de soi et de ses émotions permet de maîtriser ses réactions.

Le rôle des émotions

» Avertir : les émotions permettent de se protéger en servant d'avertisseur. "La peur nous prévient d'un danger", interprète Elisabeth Couzon. Et la colère permet de se mobiliser face à un changement."
» Informer : soi-même mais aussi les autres. "Souvent, lorsqu'il y a de la colère c'est que les limites n'ont pas été fixées, ou alors il y a eu intrusion." L'émotion permet de s'en rendre compte et aussi de prévenir son interlocuteur. De même pour la tristesse : elle apparaît en situation de manque et permet de prendre conscience de cet état et donc d'y remédier.
» Partager : pour motiver, rien de tel que de partager sa joie.

Se calmer avant de se laisser déborder

"Prendre conscience de ses émotions permet ensuite d'être en capacité de choix quant au fait de les exprimer ou pas", analyse Etienne Roy. Au lieu de fondre en larmes en réunion ou de piquer une colère mémorable dans le bureau du directeur général, peut-être préféreriez-vous vous reprendre et analyser la situation en pleine possession de vos facultés.

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